Un démocrate kurde réfugié en France menacé de renvoi imminent vers la Turquie. Alors que son avocate sort tout juste de la maternité, le Tribunal Administratif de Paris refuse de reporter l’audience.

Yilmaz Kökbalik est dirigeant local du HDP (Parti Démocratique des Peuples), le principal mouvement de gauche en Turquie, qui est aussi la seule force d’opposition légale significative au régime national-islamiste d’Erdogan, dans la province d’Erzurum, au Sud-Est du pays.

Entre 2014 et 2016, ont été lancées contre lui trois procédures pour « propagande terroriste », « appartenance », puis « participation » à une organisation « terroriste », en l’occurrence le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).

Sur quoi reposent ces accusations ?

-En 2012, il a contribué à l’élaboration du « plan d’activité » (eylem plan en turc) du BDP (Parti de la Paix et de la Démocratie, principale composante du HDP) d’Istanbul. Il a été considéré que l’expression « eylem plan » avait une connotation terroriste…

-Au cours de la campagne des élections municipales de 2014, il a prononcé un discours en kurde.

-En octobre 2016, pendant l’état d’urgence consécutif à la tentative de coup d’état du 15 juillet de la même année, il a fait une déclaration de presse afin de protester contre l’arrestation des co-maires de la ville de Diyarbakir, Gulten Kisanak et Firat Anli, eux-même accusés d’ « appartenance à une organisation terroriste » (toujours le PKK).

Pour les personnes qui connaissent mal l’histoire contemporaine de la Turquie et de la région du Kurdistan, une précision s ‘impose ici : le PKK est un parti politique doté d’une branche armée, les HPG (Forces de Protection du Peuple), qui affronte d’autres forces armées (l’armée turque, Daesh, Al-quaeda…). Or, si le mot « terroriste » a un sens, il désigne des organisations qui s’attaquent à des civils. Le PKK n’a donc, objectivement, rien d’une organisation terroriste. En réalité, depuis les années 1980, la classification du PKK comme organisation terroriste sert de prétexte au pouvoir turc pour persécuter ses opposants, que leurs liens avec le PKK soient réels ou fictifs.

En 2018, Yilmaz Kökbalik avait déjà écopé de 11 mois de prison ferme, suivis de 6 mois d’assignation à résidence.

Le 5 novembre prochain doit avoir lieu une audience à Istanbul, à l’issue de laquelle il encourt 25 ans de prison.

Yilmaz Kökbalik n’a pas attendu le verdict. Il a fuit la Turquie pour rejoindre la Grèce, puis la Croatie où il a été arrêté, menotté et emmené au consulat turc en vue d’un rapatriement forcé en Turquie. Libéré grâce à la pression d’ONG, il a rejoint la France.

Le 28 juillet, alors qu’il se rendait en train de Strasbourg à Paris, où il comptait déposer sa demande d’asile et rencontrer des responsables du HDP, il est arrêté par la police française. Le préfet de Paris lui adresse alors une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) sous 48 heures. Yilmaz Kökbalik contacte aussitôt l’avocate Maître Turhalli, qui exerce un recours contre l’OQTF.

L’audience devant décider du sort de Yilmaz Kökbalik est fixée au jeudi 30 septembre au Tribunal Administratif de Paris. Or, l’avocate Maître Turhalli, entrée à la maternité le mercredi 22 septembre, n’en est ressortie que le mercredi 29, veille de l’audience, après un accouchement difficile ayant notamment nécessité une épisiotomie. Dès qu’elle a eu connaissance de la date prévue pour l’audience, Maître Turhalli a fait une demande de renvoi à une date postérieure à son congé de maternité. Sa demande de renvoi a été rejetée sous prétexte qu’il s’agissait d’une « procédure accélérée ».

Alors qu’elle était en pleine convalescence et qu’il lui était très douloureux de se déplacer et de s’asseoir, Maître Turhalli a donc dû choisir entre abandonner son client à son triste sort ou se rendre coûte que coûte à l’audience.

Elle a choisi de se rendre à l’audience et de plaider. Le verdict ne sera pas connu avant la semaine prochaine, mais d’ors et déjà, une question se pose :

Acceptons-nous que la France traite ainsi les femmes et les réfugiés politiques qui viennent chercher l’asile sur son sol ?

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